Publié par Laurence le Thursday, 7 July, 2011 @ 5:22 am
[Commentaires non révisés, photos à venir]
Déjà, la troisième journée d’échanges avec des femmes et des féministes provenant de 91 pays tire à sa fin. Mondes des femmes est une conférence tellement enrichissante et stimulante, ainsi qu’une occasion comme nulle autre de réseauter, d’échanger, d’apprendre et de questionner.
Ce matin, la séance plénière intitulée Abattre les barrières portait sur les défis rencontrés. Animée par Alison Smith, journaliste à la CBC (radio et télévision), y participaient Judith Heumann (conseillère pour le gouvernement de Obama sur les droits des personnes vivant avec un handicap), Mary Simon (présidente de Inuit Tapiriit Kanatami, l’organisation qui représente les personnes Inuites de la région du Nunavik), Malika Hamidi (directrice générale de l’European Muslim Network) et Raewin Connell (sociologue originaire d’Australie et auparavant connue sous Robert W. Connell, elle travaille beaucoup sur les constructions sociales de masculinités - ses contributions portant sur le concept de masculinité hégémonique sont parmis les plus citées dans les études sur le genre et la masculinité). Cette séance plénière était tout aussi intéressante que les deux premières, abordant les parcours de vie et influences qui ont mené les participantes à effectuer le travail qu’elles font aujourd’hui; le rôle de l’éducation comme outil d’émancipation sociale; les conditions nécessaires au changement social; les origines des obstacles au changement (ces obstacles sont-ils intrinsèques aux communautés concernées, ou proviennent-ils de l’extérieur?); les principaux obstacles rencontrés dans leur militantisme…
L’accès à l’éducation comme moteur de changement social et levier ayant le potentiel de réduire les inégalités sociales est le thème que j’ai personnellement retenu des discussions pendant la plénière. Par example, Mary Simon a abordé les difficultés rencontrées par elle et ses frères et soeurs quand est venu le temps de s’inscrire à l’école (de mère inuite et père blanc, ils n’avaient pas de droits à l’éducation dispensée pour les Inuits dans sa communauté). Judith Heumann a parlé des luttes menées par sa mère afin qu’elle puisse aller à l’école (l’école n’étant pas accessible, lorsqu’elle était petite, aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant, Judith n’a pu commencer à fréquenter l’école qu’à l’âge de 9 ans - et de nouveaux défis se sont posés lors de l’entrée à l’école secondaire, à l’université, etc.). Malika Hamidi a discuté de la nécessaire étude des messages de l’Islam, qui contrairement à ce que des extrémistes religieux et nombreux média portent à croire, aurait des textes progressistes par rapport au statut des femmes - l’éducation permettrait aux femmes musulmanes de mieux connaître et faire valoir leurs droits au sein de l’Islam). Finalement, Gaewyn Connell a souligné le pouvoir des institutions scolaires et académiques (l’éducation ayant tant le potentiel d’accroître les inégalités - elle donne l’exemple des gens de classes sociales aisées qui maintiennent ou améliorent leur position sociale et les gens de classes ouvrières qui apprennent que certains emplois leur conviendraient davantage - que de fournir des outils permettant la remise en question de cet ordre social établi). Vous pouvez bien évidemment écouter cette séance en suivant ce lien.
J’ai participé, encore une fois, à deux panels en après-midi: un premier portant sur les nouvelles technologies d’information et de communication (NTICs) et un second portant sur les représentations des femmes musulmanes dans les médias (organisé par mes collègues et amies Anabel Paulos et Virgine Mesana, toutes deux doctorantes en sociologie à l’Université d’Ottawa). Voici quelques brefs commentaires sur les panels d’aujourd’hui.
13.00-14.30: ICTs and Web 2.0: Tools for women’s empowerment
D’abord, une présentation de Ellen Carm et Leikny Ogrim intitulée ‘ICTs: A Potential for Women’s Empowerment?’, qui porte sur les résultats d’une recherche effectuée dans le continent africain et souligne le potentiel des téléphones cellulaires comme moyen d’entrer en communication avec autrui facilement et à peu de frais, afin notamment d’échanger des conseils et de fournir des pistes de solution lorsque l’interlocutrice (ou interlocuteur) fait face à des difficultés. Elles prennent soin de mentioner les effets de la fracture numérique sur la participation des populations au développement et à l’utilisation en général des nouvelles technologies. J’ai notamment appris qu’en Afrique du Sud, les étudiant-e-s d’écoles secondaires seraient en mesure d’utiliser leurs téléphones cellulaires pour consulter Wikipedia (sans que ceux-ci soient très performants, comme naviguer sur internet n’est pas une condition nécessaire), en envoyant tout simplement un message texte à un numéro de téléphone défini. Une réponse est ensuite communiquée, soit par message texte ou enregistrement vocal. Eh bien…!
La seconde communication était présentée par une collègue de la chercheure principale, qui n’a pu faire le voyage au Canada pour assister à la conférence. Le travail de Salome Omamo porte sur l’usage que font les femmes professionnelles du Kenya des NTICs et l’une des conclusions qui nous a été présentée concernait la nécessité de mieux former les membres des parlements qui prennent des décisions quant au développement des NTICs afin que ces décisions prennent en compte les questions de genre.
Enfin, Gemma Richardson a présenté des résultats préliminaires d’un projet pilote effectué dans le cadre de ses études de doctorat sur l’utilisation que font les groupes de femmes et organisations féministes des NTICs et plus spécifiquement des possibilités accessibles grâce au Web 2.0. Après avoir fait état des avantages et des problèmes liés aux média sociaux (incluant Twitter, Facebook, Youtube, etc), elle a présenté les sites d’organismes à but non lucratif (Planned Parenthood, Ipas et la Canadian Federation for Sexual Health) afin d’illustrer l’utilisation des média sociaux, en plus de souligner que ces média ne sont pas utilisés à leur plein potentiel.
Au cours de la discussion qui a suivi ces trois présentations, j’ai appris l’existence de Hootsuite. Vous connaissiez?
15.00-16.30: Representations of Muslim and ‘Diasporic’ Women in Western Society and Pop Culture.
La première présentatrice, Dr. Aliaa Dakroury a présenté les résultats de ses travaux portant sur les débats entourant le port du voile (le Niqab et le Hijab plus spécifiquement) au Canada. Approchant le sujet d’une perspective de droits humains (mentionnant notamment le lien entre la communication comme droit humain et son lien avec l’expression vestimentaire, la convention sur la liberté vestimentaire de France - 1793, la Loi sur le multiculturalisme canadien, etc.), elle souligne ensuite certaines représentations médiatiques du voile et de musulman-e-s (notamment Little Mosque on the Prairie, comme exemple de bonne pratique qui permet de rendre l’Autre plus humain aux yeux du public).
La seconde présentation, avec Anabel Paulos et Virginie Mesana, a porté sur deux films produits par Mira Nair: Mississipi Massala (1991) et How can it be (2008). Considérant les propos tenus par la réalisatrice dans une entrevue, qui affirmait qu’il était de son travail de provoquer, les présentatrices s’interrogent sur ses intentions dans ces films: quel(s) message(s) souhaitait-elle transmettre? Approchant les films sous les angles des relations ethniques/raciales et la imagined homeland, elles suggèrent que les frontières (raciales, géographiques, genrées, culturelles, etc.) sont présentées dans ces films comme étant des éléments rassembleurs.
Enfin, la dernière présentation a porté sur les travaux de Dr. Hadeer Abo El Nagan, présentée par Ms. Mozynah Maher Nofal. Le sujet de recherche portait spécifiquement sur la poésie de certaines femmes Arabes d’Amérique du Nord, afin d’explorer les liens entre les auteures et leurs héritages, dans un contexte post-9/11, où les écrivaines cherchaient à réécrire le soi en opposition aux stéréotypes associés à la diaspora. L’analyse faite par Dr. El Nagan porte à croire que les écrits de ces femmes seraient situés à contre-courant par rapport aux stéréotypes et représentations patriarcales et racisées des femmes musulmanes et celles issues de la diaspora.
Demain est la dernière journée de la conférence. Déjà, j’ai très hâte d’entendre Samhita Mukhopadhyay, éditrice en chef de Feministing. Mais, avant, la journée commencera tôt, avec un panel sur l’intersectionnalité… Je vous en reparlerai demain!